Séquences Bois n°127 - Maisons faible impact

Publié le 31 août 2020

Retour à la maison ?

« Qui sont-ils, ces journalistes centralisés pour décréter la laideur de notre périurbanité ? », opposait Eric Chauvier à un article publié par Télérama en 2010. Notre printemps confiné nous aura convaincus que le débat esthétique ne suffit pas à discréditer cette forme urbaine dont une bonne part de la population a mesuré les qualités. « Le confinement a fait croître l’intérêt pour les maisons avec jardin », confirme Le Parisien. Si l’état du réseau de transports en commun et le manque de services dans ces zones-là ont fabriqué un consensus, la classant en tête des typologies les moins soutenables, on redécouvre qu’elles constituent une importante réserve de pleine terre ainsi qu’un vecteur de continuités écologiques. Certains se mettent ainsi à imaginer comment des transformations acupuncturales pourraient résorber les défauts de ces banlieues en apportant davantage de mixité programmatique et sociale. En effet, alors que l’Etat vise un objectif de « zéro artificialisation nette » à horizon 2050, il nous faut apprendre à faire avec l’existant, en cessant de condamner davantage de terres agricoles. Si par ailleurs on ne cesse de crier au manque de logements, il faut aussi rappeler que nombre de centre-bourgs se sont vidés et que tout un patrimoine de belles pierres s’effondre. Parallèlement, le logement ultra-dense a révélé d’importantes limites, notamment dans les banlieues les plus pauvres. À l’aune de considérations démographiques et écologiques, le bâti jusque-là boudé commence à se révéler précieux, et partout, des architectes et auto-constructeurs entreprennent de le réinvestir d’un imaginaire attractif. Là où nous pensions résoudre la crise écologique par la densité, cette approche esquisse un aménagement du territoire plus complexe et symbiotique, à la fois avec le végétal, l’agriculture, et notre héritage bâti. Extensions, réhabilitations, reconstructions, division parcellaire, mutualisation et mitoyenneté sont autant d’opérations à faible impact qui permettent d’économiser de la matière, parfois des fondations, de nouveaux réseaux, ou l’artificialisation de nouvelles surfaces. Tant décriée, la maison individuelle pourrait ainsi redevenir un choix soutenable. Car « être écologiste, c’est faire avec », rappelle la philosophe Catherine Larrère. C’est aussi préférer pour cela la dimension renouvelable et sèche des filières biosourcées, et notamment le bois, dont le potentiel de préfabrication et le caractère modulaire en font un excellent allié pour entreprendre ces transformations en douceur, tout en œuvrant à emmagasiner du carbone et stimuler les ressources humaines et forestières locales.

Sarah Ador


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